A propos du théâtre

Quand "Pavillon Camille Claudel" fait bouger les neurones

Alors donc, je suis follement heureuse du succès remporté par cette dernière création scénique : Pavillon Camille Claudel.

 

Les professionnels du monde psy ont fondu sur  nous pour nous demander comment nous avions pu rendre aussi précisément et dans une telle justesse, l'atmosphère des établissements psychiatriques, l'isolement des personnes internées, leurs obsessions, leur détresse, les prises de bec du personnel médical, et pointer du doigt les points récurrents de cet univers.

 

Les non professionnels psy se sont précipités vers nous pour nous dire à quel point tout cela résonne en eux (et je suppose que confusément nous sommes tous concernés parce que nous sommes tous enfermés  dans une forme de solitude ?)

 

Les spectateurs théâtreux se sont demandés comment des comédiens amateurs avaient pu jouer avec un tel degré de professionnalisme.

 

Et pour une poignée de spectateurs lambda : quand l'interprétation devient des plus fantaisistes à partir du moment où ceux qui la formulent sont à côté de la plaque, ça fait pousser des perles de stupidité renversante. Comment est-il possible à un spectateur de confondre le comédien et le personnage qu'incarne ce comédien ? Comment lui-est-il possible de croire qu'un auteur n'écrit que ce qu'il a vécu et qu'il n'explore pas la fiction ou ce qu'il a observé qui pourrait lui donner l'envie de traiter un sujet quel qu'il soit ? Et ont déclaré que le théâtre, c'est fait pour rire et pas autre chose. Mais enfin, comment peut-on être aussi rétréci pour réduire la créativité à cela ?

Non, les comédiens n'ont pas souffert. J'ai même appris que les insomniaques retrouvaient leur sommeil, et ils se sont éclatés tout le temps de la mise en scène.

Ah mais attention, ils ont du travailler sérieusement sur le jeu du comédien, et ils ont appris de quoi grimper un échelon supplémentaire sur la qualité et le perfectionnement de leur pratique théâtrale. Ils ont pratiqué le lâcher-prise, ce merveilleux cadeau qui offre des instants de grâce indescriptibles. Et je leur dis : chapeau bas, vous avez été éclatants et vous le serez encore et à jamais.

 

Et enfin, pour lever le doute sur la source de cette création : que personne ne fantasme, vous ne trouverez rien de ma vie privée dans cette histoire, et je vais très bien, merci.

L'idée m'est venue parce que j'ai commencé à peindre sur toile il y a quelques mois, et que ce faisant, j'ai songé aux nombres d'oeuvres d'art que nous avons perdues quand Camille Claudel a été internée (les trente dernières années de sa vie).

J'étais allée visiter quelques années auparavant ce magnifique musée d'Art Brut à Lausanne, qui m'avait beaucoup impressionnée par ce que chaque oeuvre dégage. Je me suis d'ailleurs procuré un ouvrage extra (L'Art Brut - Flammarion), que je conseille à tous ceux qui s'intéressent à ces oeuvres étranges composées par des êtres étranges.

Et enfin, le hasard a voulu qu'il y a quelques années j'ai pu observer quelques scènes en établissement psy, lors de visites rendues à des amis.

Il n'en fallait pas davantage pour que le sujet me passionne et fasse son chemin dans mon esprit.

 

Conclusion : l'ensemble des réactions du public est un formidable hommage au travail que nous avons fourni. Et que la fête continue !

Décidément, je crois qu'on a pas fini d'explorer le genre humain.

Soirée théâtre à la Luna Negra, Jeudi 20 Octobre 2012

 

Soirée du 11 Octobre à la Luna Negra.

La scène est minuscule, nous la connaissons bien depuis le temps que nous la fréquentons. Il fallait donc relever un défi de taille : parvenir à jouer dans cet espace, dans un décor de cuisine et de cour extérieure (deux plans scéniques, donc), à peu près toujours tout le monde sur scène, un personnage raide dingue de son ballon qui se fait son show en semant sa zizanie, et à la fin, un bal de village avec intervention de figurants et une course poursuite à trois qui se termine par un viol.
Techniquement : un buffet, une table pour 5 personnes et ses chaises (ou tabourets, ou banc), une cuisinière en fonte, une vieille et énorme TSF sur une autre table, pour l'intérieur. Pour la cour : deux chaises paillées, un fil à linge, la table de la bassine où on se lave les mains, et des pots de fleurs et de plantes aromatiques.
La scène : 5 m x 4 m, ne pas oublier la fixation des strobos en bord de scène.
Essayez d'imaginer si vous y parvenez.

En tout cas, comparée à la scène de l'Apollo de Boucau qui est immensément vaste, y'a pas photo, je préfère la petite scène de la Luna pour ce type de pièce où les personnages ne doivent pas trop être éloignés les uns des autres. Tout de même, un mètre supplémentaire en largeur aurait été bienvenu, mais on ne peut pas aller au-delà des murs.

L'ambiance du groupe, d'une qualité extra, fait que nous sommes tous très soudés et je peux vous dire que ça aide. En tout cas, tout le monde a mis la main à la pâte en fonction de ses disponibilités (milieu de semaine, tout de même, hein) et personne n'est resté à la traîne. C'est précieux.

Ils se sont super bien débrouillés. Pourtant, il y a eu plein de bourdes, mais l'avantage est qu'aucune ne pouvait se déceler, sauf à connaître le texte pour s'en rendre compte. Par exemple, Alf a demandé un tournevis en tout début de pièce, alors qu'il ne doit le demander qu'à la fin. Pas grave, il s'en est rendu compte et a ajouté : mais non, c'est pas ça. Ce petit ajout aurait pu jurer dans n'importe quelle autre pièce, mais justement pas dans celle là, puisqu'il tripatouille la TSF en cherchant la panne et que ça peut parfaitement "ne pas être ça". Ça l'a quand même un peu déstabilisé, parce qu'il a oublié de dire que ce poste était mort et qu'il allait falloir en acheter un autre. Eh bien aucune importance, puisque Anne l'a rattrapé en inversant les répliques : Il faudrait acheter une essoreuse, je suis fourbue. Du coup, Alf s'est réorienté avec sa réplique, en l'adaptant : Non, il faudrait acheter un poste neuf. Ce qui fait que Julien a pu continuer avec la sienne, comme si de rien n'était : Non. Il faut plutôt fermer les portes à clé.... etc. Anne a vidé la cuvette après s'être lavé les mains, c'est à dire trop tôt puisqu'elle devait le faire après le repas, pour emporter la cuvette. Mais ça n'a aucune importance, on peut très bien la vider après le lavage des mains. Donc que des trucs de ce genre, qui n'ont aucune incidence sur la logique de la pièce. Le public n'y voit que du feu. Le seul risque est que ça déstabilise les comédiens lorsqu'ils se rendent compte qu'ils se sont trompés, parce qu'ils ont la charge d'un texte et que leur principale préoccupation est de le restituer le plus naturellement possible, sans perdre contenance. Aucun ne s'est montré déstabilisé.

Pour Julien, c'était sa première représentation dans ce personnage, puisque reprise de rôle. Il m'a scotchée. Plus tard, il m'a avoué qu'il s'était senti flotter au début, avec la sensation de ne pas être bien calé dans les baskets de son personnage. Depuis la régie, moi je l'ai vu complètement normal, rien n'a transpiré de son ressenti à ce moment. Et jusqu'au bout il a rudement bien assuré, cohérent, convainquant, rudement naturel. Et pourtant, pas facile, son rôle. Très physique quand il bouge tout le temps en jouant au ballon dans l'espace réduit avec l'interdiction de dégommer la soupière ou quoi que ce soit du décor (un ballon, c'est pas facile à maîtriser..., il ne fallait pas non plus qu'il sorte de la scène et dégringole dans le public !). Et très nuancé dans la deuxième partie de la pièce, où il doit avoir l'air con mais pas caricatural.

Quant à la scène sous strobos, elle a été hypnotisante...

Tout a fonctionné, c'était beau à voir, dommage qu'ils ne puissent jamais assister en direct à leur propre représentation. Cependant notre ami Jacky était là pour filmer. Lors du premier film à l'Apollo, les techniciens de la scène nationale lui avaient à tort conseillé de se placer à un endroit débile à mon avis. Cette fois, c'est lui qui a choisi. Quant il est arrivé, il n'osait pas demander de s'approcher, mais je l'ai vite mis à l'aise. Il s'est installé très près, exactement là où il a estimé que l'image et le son seraient les meilleurs. Il a simplement suffi de dire aux spectateurs qu'une caméra était installée.

Nous ne nous attendions pas à avoir autant de monde. Les comédiens ne pouvaient pas voir les gens arriver, ils étaient confinés dans les lieux secrets de la Luna, pour se préparer en picorant les délices apportés par chacun, et en s'occupant de gérer leur stress. Je suis allée fumer dehors, j'ai vu ces gens arriver, j'avoue avoir été impressionnée. Au point que le trac m'a prise d'un coup, et qu'il ne m'a plus quittée de la soirée, même aux applaudissements, même quand je les ai rejoints sur scène. C'est la première fois que je ne parvenais pas à parler en public. J'ai fait court, très court. Je n'ai commencé à me détendre un tout petit peu qu'une fois la lumière revenue dans la salle, lorsque les spectateurs nous ont sauté dessus...

Hier soir, rentrée à la maison, j'étais rompue. Je le suis encore. Comme si je venais de passer sous un rouleau compresseur. Dos en miettes, jambes en lamelles.

Et dire que le 20 nous remettons ça avec Chez Rosette...

Les jours de grand rush se suivent et ne se ressemblent pas.


Répétitions, montages scéniques, spectacles, rencontres, angoisses, fous-rires, doutes, ratages, succès, bouillonnements ; témoignages sur le vif.

 

Quand tout va de travers.

Nuit du théâtre - Bayonne 2008

 

Quand tout semble couler de source

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